Education canine musclée : le syndrome du dompteur de lion

Article tiré de chienmatin.com:


Avez-vous déjà remarqué que certains éducateurs canins se comportent comme s’ils dressaient des lions ? Ce zèle dominateur porte un nom : le syndrome du dompteur de lion. On l’observe chez de nombreux éducateurs canins aux méthodes musclées. Des chiens en font les frais tous les jours.

On doit ce parallèle entre les éducateurs canins pratiquant un dressage autoritaire et les dompteurs de lion à la comportementaliste Alexandra Semyonova. Elle a décrit ce « syndrome du dresseur de lion » à propos du très controversé éducateur de chiens Cesar Millan.

Certains professionnels font preuve d’un grand zèle en matière d’autorité. Tout est parfois bon pour asseoir son autorité sur le chien, qui doit être aussi impressionné que son propriétaire.




Le syndrome du dompteur de lion chez les éducateurs canins à l’ancienne

L’éducateur dompteur aborde le chien de ses clients comme un dresseur le ferait pour un lion. L’animal doit être dompté, dominé, soumis. Quand sa séance de domptage de chien est collective ou publique, la pression est encore plus forte : le « numéro » doit être réussi. Peu importe le prix payé par le chien. La réputation du dompteur est en jeu.

Zèle dominateur et dressage autoritaire ne font pas bon ménage avec le respect du chien. Celui-ci doit se plier aux exigences et parfois aux caprices du dompteur, et de préférence vite car il faut « prouver » la compétence de l’éducateur.


Le syndrome du dresseur de lion flatte l’ego de l’éducateur

Le professionnel de l’éducation canine bénéficie d’une aura d’autorité qui lui est conférée par son statut de professionnel. Le propriétaire de chien s’en remet en confiance à ce professionnel pour l’aider à éduquer son chien.

Au cours d’une séance d’éducation canine normale le chien est respecté même s’il ne réagit conformément aux attentes. Après tout, il est là pour apprendre. Mais les dompteurs interprètent comme un défi personnel contre leur autorité toute attitude du chien perçue comme incorrecte. Le dompteur pointera immanquablement une « tentative de domination », diagnostic fourre-tout qui est généralement le préalable à l’administration d’une correction ou d’une forte pression exercée sur le chien.

Ce syndrome s’observe principalement chez les « vieux de la vieille », mais pas seulement : certains jeunes éducateurs présentent eux aussi ce syndrome. La semaine dernière une vague de protestation s’est répandue sur les réseaux sociaux à l’encontre d’une jeune femme d’une vingtaine d’années, établie comme éducatrice professionnelle dans l’Est de la France. Une vidéo la montrait en train de s’acharner sur un jeune chien qu’elle devait initier au troupeau, dans un pitoyable numéro de maltraitance. Pour tenter d’asseoir son autorité prise en défaut elle a traumatisé ce jeune chien dont le seul tort était d’être un peu fou-fou.


Le pouvoir conféré par la prise d’ascendance sur le maitre et le chien enivre certains éducateurs dresseurs. Ils se retrouvent au sommet de cette fameuse pyramide hiérarchique qui justifie selon eux d’imposer tout et souvent n’importe quoi aux chiens. La présence d’un public lors d’un cours collectif ou d’un stage les contraint à la performance dans l’exécution de leurs numéros de cirque. Et gare au chien s’il ne file pas droit.


Le syndrome de l’incompétence acquise

Ce syndrome du dompteur de lion se double parfois d’un syndrome d’incompétence acquise chez certains éducateurs établis depuis longtemps. L’éducateur s’enracine dans ce qu’il a toujours fait, brandissant en guise de bouclier dix, vingt ou trente ans de pratique. Ce syndrome d’incompétence acquise se caractérise par un refus de prendre en compte les nouvelles connaissances sur le comportement canin. L’éducateur s’accroche à la mécompréhension fondatrice de ses croyances : si on le laisse faire, le chien va dominer l’homme. Il a appris comme ça à l’époque, donc il sait, il sait faire, et rien ne saurait remettre en question ce socle sur lequel il a échafaudé, au fil du temps, ses propres théories plus ou moins bancales sur le comportement des chiens.

Tout ce qui est nouveau est hautement suspect et balayé du revers de la main. Refusant de mettre à jour ses connaissances car persuadé d’avoir depuis longtemps fait le tour de la question, l’éducateur est peu à peu distancé, il ne comprend pas les méthodes modernes car elles se basent sur des connaissances qu’il refuse d’intégrer.

Petit à petit il s’enfonce dans une forme d’incompétence qui vient renforcer le rejet des nouvelles approches du comportement canin. Le bouclier de l’expérience est alors systématiquement brandi comme étendard. Hermétique aux nouveaux concepts pourtant scientifiquement décrits et documentés, il en donne des interprétations incohérentes et tirées par les cheveux quand il est interrogé sur ces sujets.

Les plus préhistoriques se sont inventés une ligne de défense supplémentaire : à les entendre ils seraient les seuls à s’occuper des cas difficiles, le dernier rempart avant l’euthanasie. Encore une fois c’est surement flatteur pour leur ego mais ils oublient de préciser qu’en réalité, des milliers d’éducateurs canins travaillent tous les jours sur des chiens agressifs ou nécessitant des rééducations comportementales.

Bien sur la difficulté de ces cas justifierait le recours à ces fameuses méthodes musclées, très bonnes pour flatter l’ego de l’éducateur-dompteur, beaucoup moins bonnes pour le bien-être physique et psychologique du chien. Mais chez les éducateurs dompteurs atteints par ce syndrome du dresseur de lion, le chien est relégué au second plan : l’important c’est le dompteur. Il emploie des techniques souvent aussi spectaculaires pour l’observateur que traumatisantes pour le chien, avec un résultat temporaire qui peut faire illusion sur le moment.


Comment reconnaître un éducateur dompteur

Plusieurs signes qui ne trompent pas peuvent vous aider à reconnaître un éducateur dompteur.

Il est omniprésent sur ses supports de communication. De te